Le sommeil de A à Z - Décryptage - Quand le sommeil s’invite au travail

Quand le sommeil s’invite au travail

Meilleure productivité, meilleure concentration ou meilleures relations avec les collègues, le sommeil peut jouer un rôle dans tous les aspects de notre travail et intéresse de plus en plus nos entreprises.

Le sommeil influence tous les moments de notre vie, y compris notre travail! Bien reposés, on est souvent plus concentrés, plus efficaces, et de meilleure humeur avec nos collègues. Aujourd’hui, le sommeil devient donc un enjeu clé dans la vie des salariés, au point que pour 32% des français, il devrait être pris en compte par les entreprises. Un chiffre important, et qui souligne les progrès qu’il reste à accomplir dans ce domaine. Pour le médecin du travail Dr. Benmouhoub, « le monde du travail perçoit évidemment le sommeil comme nécessaire, mais par définition c’est une période d’inactivité durant laquelle le salarié n’est pas directement rentable. Ce moment ne va donc pas forcément être valorisé, ou mis en avant par les entreprises. Mais aujourd’hui de plus en plus de sociétés s’emparent de cette question du sommeil par la sensibilisation avec des campagnes d’informations, des webinaires, et en veillant à ce que les gens n’accumulent pas des dettes de congés par exemple ». Pour cause, une personne qui a un bon sommeil est souvent un employé plus performant, donc plus rentable. « On sait que quelqu’un reposé fera moins d’arrêt de travail, moins d’accidents du travail, et qu’une bonne nuit aura évidemment des effets très favorables en termes de performances et d’attention. Le sommeil est évidemment quelque chose d’indispensable qu’il faut continuer de promouvoir. C’est ce qu’on fait au quotidien, et les entreprises qui négligent ce sujet finissent par le payer d’une façon ou d’une autre, que ce soit sur l’absentéisme, la qualité du travail, ou sur les relations sociales », souligne le médecin du travail.

S’adapter au rythme de chacun ?

Aujourd’hui, toutes les entreprises n’ont pas pour obligation de disposer de salles de repos ou de sieste. « Une salle de sieste équipée pour dormir reste aujourd’hui un luxe dans les entreprises. Toutes les sociétés ne peuvent pas forcément se le permettre, et à ce que je sache, il n’y a pas de projet pour que cela devienne obligatoire », raconte Dr. Benmouhoub. Si des employés voulaient voir se développer des salles où ils pourraient faire une petite sieste pendant la pause déjeuner, cette initiative serait à prendre avec des pincettes pour le médecin. « La sieste peut être intéressante lorsque l’on a besoin de récupérer un petit peu, mais si elle est trop longue dans la journée elle peut impacter la nuit suivante. Elle ne doit donc pas dépasser 20 minutes. Sinon, on risque d’entamer un vrai cycle de sommeil qu’on va interrompre. Cela ne sera pas bon pour l’attention ». Certaines entreprises ont fait le pas, et ont mis en place ces salles de sieste. Bien souvent elles restent pourtant vides. « C’est culturel. Quelqu’un qui se repose c’est quelqu’un qui ne travaille pas. Ce sont des choses qui vont prendre du temps, la tendance du changement n’a qu’une dizaine d’années, c’est encore trop récent mais c’est en cours », d’après le sociologue Ahmed Aksil Ouhaddi.

Nous ne sommes pas tous efficaces de la même manière au fil de la journée. Certains le seront plus le matin, et d’autres plutôt en fin de journée. Pour autant, les sociétés ne peuvent pas s’adapter aux chrono types de sommeil de chacun. « En tant que médecin du travail on est lié au secret médical, et on ne peut donc délivrer aucune information médicale à l’entreprise sur la santé du salarié qui aurait des problèmes de sommeil et pour qui il faudrait arranger les horaires. En plus, il y a des horaires de travail légales, qui engagent des conséquences en termes de paie, d’accident de trajet, d’assurance. Le contrat de travail reste quelque chose de très rigide, et sauf exception, avec une déclaration de handicap comme pour la narcolepsie, il n’est pas possible d’adapter le post ». Si dans les pays anglo-saxons les salariés sont plus flexibles sur les horaires de travail, et venir en fonction de leur productivité, c’est aussi parce qu’en France « le cadre juridique du droit du travail est plus rigide », souligne le sociologue.

Des modes de travail qui peuvent impacter notre sommeil

Si autant de français voulaient voir le sommeil pris en compte par leur entreprise, c’est également parce que le travail va jouer sur notre sommeil. « Des études ont pu montrer que les troubles du sommeil ont augmenté dans la population des salariés, explique le Dr. Benmouhoub. Ne serait-ce qu’en quantité de sommeil, on a beaucoup réduit sa durée moyenne en une quarantaine d’années. La qualité a elle aussi été impactée », constate le médecin. Il a également pu remarquer que « les gens ne réclament pas en général d’arrêt de travail parce qu’ils repoussent l’échéance et leurs limites, surtout en pleine pandémie avec des entreprises qui ferment ou qui se restructurent. Ils ne veulent pas attirer l’attention sur leur situation, mais ça se paie toujours au bout d’un moment. C’est pour cela que les services de santé au travail ont une mission de suivi de santé, avec des visites médicales et infirmiers réguliers, durant lesquelles on interroge les gens sur leur somnolence, s’ils ont ou non des ronflements, sur leur humeur. Une fois qu’on a pu évaluer cela, on oriente évidemment les gens qui ont un problème vers un médecin traitant ou un spécialiste ».

Au fil des décennies, les salariés s’endorment donc de moins en moins bien, et les changements dans le monde du travail y sont pour quelque chose. « Cette dégradation de la qualité et de la quantité de sommeil des employés est en grande partie due au phénomène d’exposition aux écrans, avec l’hyper sollicitation que ce soit par l’ordinateur, les tablettes, les smartphones », remarque le Dr. Benmouhoub. Une tendance qui n’est pas prête de ralentir avec la démocratisation du télétravail en temps de pandémie. Le droit à la déconnexion a été institué, pour veiller à ce que les salariés ne soient pas sollicités à toute heure du jour et de la nuit. « C’est un droit qu’il faut assurer, insiste le médecin du travail. Il faut également veiller à prendre des pauses dans la journée régulièrement, ne pas perdre ce rituel quand on en a besoin ». Avec la massification du télétravail imposé par les confinements, beaucoup ont voulu prouver que ce n’était pas des vacances. « Au point que la productivité a augmenté de près de 20% », souligne le sociologue Ahmed Aksil Ouhaddi. Une surcharge de travail, un manque de contact avec ses collègues, des managers trop ou pas assez présents, et des consignes distribuées par écrans interposés sont autant de facteurs de stress qui vont venir nous empêcher de retrouver les bras de Morphée. Un cercle vicieux peut alors émerger. On est stressé, on dort mal, on se lève fatigué, on est moins performant, cela va nous stresser, donc on va de nouveau mal dormir… Le médecin du travail conseille donc « des horaires de sommeils et de couchers réguliers, y compris durant les week-ends et les vacances. L’exposition régulière à la lumière naturelle est également importante. Il faut éviter le café, les boissons énergisantes ou l’alcool durant la journée. Mais aussi veiller au confort de sa chambre et de sa literie. Si c’est un problème de stress, de conflit au travail, un problème relationnel, ou de surcharge de travail, en tant que médecin du travail on va essayer de creuser ce type de choses pour tenter de réduire ces facteurs qui font que, dans le cadre du travail, cela déstabilise le sommeil de la personne. Notre rôle est aussi de prévenir et d’accompagner l’entreprise et le salarié ».